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Vendredi : storm rideuses
Le 21 juin, symbole de l'été, des feux de joie et des concerts en plein air pour nos esprits malgré tout encore européens, nous avait gentiment déposé une légère couche de neige sur les montagnes entourant Palmerston, le vent continuait de souffler, le ciel de descendre, et comme d'habitude, la pluie tombait en sérieuses rafales ... La seule bonne nouvelle, c'était que le jour le plus court de l'année était désormais derrière nous.
Météo pourrie donc, et a priori, celle du week-end palmerstonien était semblable, voire pire ... Pas question de subir cela une fois le travail terminé, si la neige tombe, autant aller la chercher pour de bon, au risque de se prévoir quelques musées en cas ...
Tout ça, ça veut dire 2 bonnes heures de route vendredi en fin d'après midi à travers la tempête pour gagner Hawera, au pied du volcan Taranaki (Mont Egmont de son nom anglicisé), et une fois n'est pas coutume, un camperground à 8 $ la nuit en échange d'une salle pour manger à l'abri, d'une douche chaude et d'un emplacement « powered » ...
Oui, ... mais ... on s'était débrouillées pour emprunter un petit chauffage au bureau, on avait déjà prévu la petite lampe, le jeu de carte, bref, la totale pour passer une chouette soirée bien au chaud dans le van ... sauf que les emplacements powered sont prévus pour les vrais vans et les vrais camping cars, les seuls dotés de la prise magique qui permet de faire circuler le courant, jaillir la lumière, et surtout réchauffer les valeureux campeurs transis ...
Ce qui veut dire qu'une fois arrivées au camping, après avoir réveillé la dame déjà en pyjama pour s'installer, il a bien fallu une bonne demie heure de lutte avec la prise, sous la pluie, dans le vent, les pieds pataugeant dans la boue, pour qu'enfin on abandonne la partie à cette f$##* ! prise et qu'on se résigne à dormir tristement sans chauffage, sans lumière, et sans cartes non plus
Samedi : Mais où est le mont Taranaki ? (I)
Réveil avec le soleil qui perce sous les rideaux, un coup d'œil dehors : le petit carré de ciel est bleu certes, mais les nuages passent très très vite ... Et si l'on entrouvre les rideaux un peu plus, les nuages finalement paraissent moins blancs, voire plutôt tirant sur le gris ou pire. Après la pluie le beau temps ? Pas sûr ... le temps de prendre un petit déjeuner digne de ce nom et de ce pays (œufs, toast et thé), et la grêle est à nouveau là !
Heureusement, deux gentils papis kiwis sont là pour faire causette : ils possèdent les deux camping cars pile en face de la salle commune, sont voisins de camping, et s'inquiètent de notre itinéraire pour la journée. La tempête va continuer d'après eux à faire rage, et rien ne vaudrait une bonne journée à rester en leur compagnie au camping, à regarder des DVD ... On n'ose pas leur demander depuis combien de temps ils sont là, ni s'assurer que leur seule maison est bien ce seul camping car, mais ils sont ravis de nous expliquer néanmoins la meilleure route pour monter au volcan ...
Une fois sorties du camping, pas de mont Taranaki en vue, le ciel est bas partout, et le vent souffle encore une fois en rafales. Stratford, nous y voilà, on réussira quand même à se rater sur la route à prendre, mais l'erreur est rattrapable facilement. 15 km plus loin, et nous atteignons un lodge, un parking, et ... un panneau marqué « skifield : 3 km » nous attend ! Le van vrombit, rugit, et re-démarre sous la pluie et dans le semi-brouillard. C'est bizarre, nous sommes censées être à 845 m, mais jusqu'à présent nous n'avons jamais eu l'impression de monter en montagne : pas de route en lacets ni de montées sévères. Cependant, le bord de la route montre quelques restes de neige, et 500m plus loin, c'est la route elle même qui blanchit. Le van continue vaillamment de grimper, mais commence à patiner en seconde. Arrêt de vérification : il fait froid dehors, quelque chose tombe sans qu'il soit possible de déterminer ce que c'est avec certitude, et la neige sur la route semble être de la « soupe » bien imbibée et bien glissante ... un dernier coup d'œil aux palmiers sous la neige et aux fougères arborescentes saupoudrées, demi tour, et redescente vers la plaine pour sortir des nuages. C'était notre baptême de neige néo-zélandais
Quelques 40 km à parcourir pour gagner New Plymouth en une arrivée majestueuse, avec vue sur la mer ensoleillée (mais ventée). On a certes passé une bonne demie heure à se chercher un emplacement gratuit pour se garer, mais la ville a l'air vraiment sympathique, très vivante et plutôt jolie.
Le but premier était de se rendre à l'office de tourisme, mais la ville faisant bien les choses, se rendre à l'I-site revient au même qu'entrer dans le musée Puke Ariki, les deux étant situés dans le même bâtiment. Entre le lunch qui nous attend déjà depuis une bonne heure et le musée, le dilemme est tranché par les trombes d'eau qui déferlent sur la ville : on reste au musée (et au sec) tant qu'on y est, et on verra plus tard pour le lunch (et le soleil).
Tout d'abord, le musée est gratuit, et comme d'habitude ça fait du bien ! Et pour nous, le musée commencera par une séance de cinéma pour présenter la ville et la région, dans une drôle de salle aux fauteuils en forme de champignons hallucinogènes qui changent de couleurs, devant 2 écrans ! Le film projeté est à l'image de la salle : fouillis, et difficile à suivre, mais on en a au moins retenu les images de skieurs, et la vue sur le mont Taranaki qui nous a fait défaut jusqu'à présent !
Direction ensuite le second étage, on se garde la partie maori pour le dessert, et on attaque la partie faune/flore/géologie, très bien faite comme d'hab. La dernière éruption du volcan remonte à 250 ans, et il est bien sûr très probable qu'il fasse des siennes à nouveau, en détruisant toutes les villes autour de lui et en modifiant la géographie de cette partie de l'île du nord ... Dommage ... Parce que la région a vraiment l'air magnifique : côtes pour surfer, un grand centre vivant avec la ville de New Plymouth, et une belle montagne (comparée au Fuji-yama par sa régularité) pour se dégourdir les jambes !
Une dernière petite partie sur les athlètes olympiques qui font la fierté de leur région, et il est temps pour nous d'attaquer la partie maori, renommée pour abriter plus de 100 taonga (= trésors en maori). On ne les a pas comptés, mais la salle est l'une des plus grandes qu'on aie visitées jusqu'à présent ! La progression se veut chronologique principalement, puis thématique ensuite, en retraçant toute l'histoire maori de la région, depuis les premiers arrivants, la venue des européens, la colonisation et ses guerres, le fameux traité de Waitangi et ses conséquences, les heurts du 20ième siècle, et les valeurs contemporaines des maori de nos jours. Pour chaque anecdote un taonga (et vice versa), entre autre un magnifique waka (canoë de guerre), de superbes manteaux en plumes de kiwis, des paniers tressés en flax (la plante à tout faire maori) et bien sûr beaucoup de Hei Tiki en greenstone. Beau-ti-ful !
Petit aller retour à la voiture pour se sustenter comme il faut, entre temps un vendeur de pièces détachées automobile brise nos derniers rêves de chauffage pour cette nuit : l'adaptateur doit pouvoir se trouver chez un vendeur de camping car, et encore rien n'est sûr, mais en tous cas, tous sont fermés à cette heure ci un samedi après midi ce soir, ça sera donc camping sauvage, pour ne pas perdre les bonnes habitudes ...
Il nous reste encore le temps de visiter le musée d'art contemporain, la Govett-Brewster Art Gallery, célèbre pour abriter la collection des œuvres de Len Lye (101-1980) , un célèbre artiste néo-zélandais expatrié à New York au 20ième siècle. Ce qu'on ne savait pas, c'est que le musée était en pleine « restructuration » de cette collection, et que par conséquent il fallait revenir en 2010 pour avoir la chance de la contempler. Pas grave, on a quand même eu droit à une exposition ... déroutante ... multi artistes sur la Nature, comportant entre autres un document vidéo sur les animaux africains de 2h10, une autre vidéo de 10 min en boucle sur des parasites, quelques peintures de centaures modernes et une salle « cubique » ... L'art qu'on a du mal à appréhender dans toute sa profondeur, mais qu'on aime bien quand même !
17h, la journée était bien remplie, et on s'offre donc une petite promenade le long de la plage, de ses vagues géantes, les cheveux dans le vent (yeahh), et les yeux rivés sur une drôle de sphère au bout d'une longue tige (100m) en fibres de carbone qui ploie, se tord, se détend, et fait mumuse dans la tempête ... Encore un coup de Len Lye, magistral celui là, puisque le Wind Wand fait figure d'emblème de la région presque au même titre que le mont Taranaki (toujours invisible cela dit).
La nuit tombe (ou bien serait-ce les nuages qui noircissent ?), la lune apparaît furtivement entre deux coups de vent, et une petite sphère rouge commence à briller à l'intérieur de la grosse sphère ... Magique ...
Un rapide passage à la cathédrale qu'on voulait visiter (fermée) et aux jardins qu'on fera le lendemain (fermés), on gare le van sur un petit parking en bord de mer, et c'est au son des vagues en furie et à la lumière d'une frontale qu'on entame la partie de cartes en attendant la séance de cinéma censée occuper notre soirée ... Quelques parties plus tard, l'heure arrive, il faut s'extirper du van, se remettre au vent, et vite se diriger vers Brad Pitt, Georges Clooney, Matt Damon et leurs potes (Ocean Thirteen). C'est sans doute l'une des premières villes (à part Napier et encore) qui semble vraiment vivre le soir : du monde dans les rues malgré la tempête, beaucoup de restos dont pas mal d'appétissants, et du monde dans ces restos !
Séance longue (on en a eu pour notre argent) et film pas mal pour un samedi soir à l'autre bout du monde, quelques hésitations sur l'endroit où dormir, principalement liées aux djeunzs gentils, mais néanmoins pas très nets qui trainent, pour finalement opter pour une petite rue tranquille pas trop loin de la mer ...
Dimanche : Mais où est le Mont Taranaki ? (II)
On prend les mêmes et on recommence : le rayon de soleil, le carré de ciel bleu, le vent, la pluie 5 minutes après, le vent, le vent et encore le vent ... Sauf que cette fois ci on y a cru encore plus car le lever de soleil était certes derrière nous, mais par un curieux jeu de réflexion dans nos rétros mal réglés, il a réussi à pénétrer à l'intérieur du van entre deux rideaux pour venir nous chatouiller ...
La mer est toujours aussi belle, tantôt grise et profonde, tantôt aluminée et brillante, mais toujours aussi furieuse sous le vent. Pas de ptit dej sur la plage pour cause de tempête et de réchaud pas adapté, mais finalement on y a gagné un brunch dans les règles de l'art juste à l'entrée des jardins repérés la veille : œuf mollets, thaï noddles et toasts. Le dimanche commençait plutôt très bien !
Pas de pluie « so far », et pour continuer ce dimanche en beauté, on passe le petit portail du Brooklands zoo, gratuit, qui jouxte le parc, et après la rencontre de deux otaries australiennes, nous sommes directement au contact de gentils petits singes qui aux aussi prenaient un ptit dej de luxe, tout en sautant d'une liane à l'autre pour tenter le grand plongeon dans leur hamac privatif Génial ... L'espace suivant était consacré aux couleurs ... des perroquets les plus beaux qu'on n'aie jamais vus ! Même le wallabi qui squattait avait l'air épaté par ses voisins colorés.
Une heure plus tard (30 min pour les singes, 30 min pour les perroquets et la marsupial australien), c'était au tour des émeus de nous émouvoir (facile, OK) et des cochons de nous faire rêver de vraie charcuterie et de saucissons de montagne ... Deux alpacas perdus, mais semble-t'il pas trop perturbés et des poules, des paons, et des canards par dizaines achevaient la visite de ce zoo parfait pour être d'excellente humeur un dimanche matin
Mais à la base, on était là pour visiter LE parc de New Plymouth, et on a donc enfin commencé par une des extrémités, Brooklands pour aller à la recherche des deux arbres, doyens végétaux, dont un puriri de 2000 ans, en croisant en chemin un autre arbre, inconnu de nos pauvres yeux européens, mais néanmoins immense !
Quelques montées et descentes plus tard, après la traversée d'un espace dédié aux pins ( ah les Landes ...) et d'un chouette plan d'eau, retour au van, réflexions intenses (x 2), concertation, et décision d'aller visiter l'autre côté du parc, le Pukekura Park, mais en s'y rendant en voiture. Ça valait effectivement le coup, même si le lookout sur le Mont Taranaki était bien entendu inutile, la colline japonaise était tout à fait zen, la Tea house plutôt très bien située juste en bord de lac, la chute d'eau à demande assez inattendue, et surtout la « fernery » (serre renfermant plus de 100 espèces de fougères) immense et surprenante. Les deux ptits jeunes qui travaillaient à l'élaboration d'un massif de plantes tropicales avaient l'air passionnés et absorbés par leur création d'art ...
La pluie est tombée pendant notre visite des serres, ça tombe bien, on peut retourner à la voiture tranquillement en admirant une dernière fois le lac et sa sérénité toute japonaise. Aussitôt après, direction la fameuse église St Mary's Church, qui cette fois est ouverte aux visiteurs. Certes le plafond était en bois, mais c'est quand même la plus vieille cathédrale en pierre de Nouvelle Zélande, construite en 1845, et c'est sans doute une de celle qui se rapproche le plus d'un schéma « européen » classique ... Ceci dit, le prêtre avait l'air assez dynamique, puisqu'était organisée pour les bonnes âmes qui le voulaient bien l'avant première du film «The amazing grace » et les petits gâteaux qui vont avec pour la modique somme de 12 $ (=6€) !
Un dernier petit détour par des soldes de matos hivernal, et on dit bye bye à New Plymouth. Devant nous et pour toute l'après midi s'offre un road trip de luxe le long de la surf Highway pour rejoindre Hawera par la côte, en tournant donc autour du Mont Taranaki dans le sens anti-horaire.
Premier arrêt pour ce road trip, 5 min après avoir quitté New Plymouth, un rocher maori, le Paritutu Rock qu'il est possible d'escalader à l'aide d'une main courante : chouette alors ! Le vent est toujours aussi fort, et le rocher plonge directement dans la mer déchainée. Ça vaut vraiment le coup de grimper, même si les conditions de sécurité sont plus que limite : une fois en haut, une bonne partie de la côte qu'il nous reste à parcourir se découvre sous un timide rayon de soleil, les mouettes font mumuse dans le vent, la mer argentée étincelle sous le soleil au large, et le Pain de sucre local (on s'y croirait presque à part la météo) et sa réserve : The Sugar Loaf Marine Reserve resplendit ... seul le port industriel de New Plymouth, qui ressemble à une immense décharge gâche un peu le paysage, mais après tout il suffit de lui tourner le dos ...
Deuxième étape, Oakura et ses nombreux ateliers artisanaux : les deux qu'on a visités étaient vraiment très intéressants, le troisième, un jardin de sculptures, était malheureusement fermé. Un petit tour à la plage de ce village de commuters (ceux qui vivent là et travaillent à New Plymouth) qui ont vraiment tout compris et possèdent de magnifiques villas à la campagne, entre mer et montagne, avec le bruit des vagues depuis le salon et à 20 min en voiture du boulot.
Troisième étape sur la route, le phare du Cape Egmont, le point le plus à l'ouest de l'île du nord, déserté comme il se doit, battu par le vent de la même façon et resplendissant de ses belles couleurs à la faveur d'un rayon de soleil perçant le ciel menaçant.
Plus d'étapes précises, il ne nous reste plus qu'à conduire une cinquantaine de km, avec de la bonne musique, des paysages sauvages abandonnés au vent, au rythme des éclaircies et des abats d'eau (qui l'un comme l'autre ne durent jamais longtemps) ... les voyages comme ceux là dont on voudrait qu'ils ne s'arrêtent jamais ...
Toujours pas de Mont Taranaki en vue, mais pourtant la boucle est bouclée, nous sommes revenues à Hawera et la nuit commence à tomber. Un dernier coup d'œil intéressé sur le plus gros complexe laitier au monde qui fume dans le crépuscule, et il est temps de prendre la route au sud qui nous ramènera à Palmerston, resté glacial durant tout le week-end ...
Le Mont Taranaki nous a certes échappé, mais malgré cela et un temps plutôt très incertain et changeant (c'est le moins qu'on puisse dire), le week-end a été superbe !
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